Après avoir fait quelques pas dans la rue, Le Monnier rentra en proposant ce nouveau vers:
Ce que je vous dis là, je le dirais... tais-toi!
«Très bien!» fit le censeur, qui donna son approbation sans s'apercevoir que le trait satirique n'en était que plus saillant.
[213.]—Une légende britannique explique ainsi pourquoi il est de tradition que l'héritier de la couronne d'Angleterre porte le nom de prince de Galles (comme chez nous, jadis, celui de Dauphin):
«Les habitants du pays de Galles refusaient de reconnaître pour roi Édouard Ier d'Angleterre, parce qu'ils voulaient un souverain né dans leur pays; le roi, usant de ruse, leur envoya sa femme Éléonore de Castille, qui était sur le point de donner le jour à un enfant; celui-ci fut Édouard II. Les Gallois en effet se soumirent, mais en imposant toutefois la condition que le fils aîné du roi d'Angleterre porterait le titre de prince de Galles.»
[214.]—D'où vient le nom de calomel, ou calomelus, donné jadis au protochlorure de mercure, qui est encore d'usage général en pharmacie?
—Chacun peut savoir que le calomel, nommé aussi mercure doux, est une substance absolument blanche, employée surtout comme vermifuge et comme purgatif léger.
Pourtant plusieurs lexicographes, notamment Boiste et M. Landais, jugeant d'après l'indication étymologique de ce nom, formé des deux mots grecs kalos, beau, et melas, noir, ont avancé que le calomel est une substance noirâtre.
Or le nom de calomelas (par abréviation calomel) fut donné au protochlorure de mercure par Turquet de Mayenne, savant médecin chimiste du dix-septième siècle, en l'honneur d'un jeune serviteur nègre, qui l'aidait très intelligemment dans ses travaux, et pour lequel il avait beaucoup d'affection. Fiez-vous donc à la lettre des étymologies!
[215.]—Le mot agriculture n'a été inséré par l'Académie dans son Dictionnaire qu'à la fin du dix-huitième siècle, époque où d'ailleurs on ne le trouvait dans aucun autre lexique, ce qui prouve qu'il est resté longtemps étranger aux écrivains. On a remarqué que ce mot ne se voit que très rarement dans les ouvrages du siècle de Louis XIV, et qu'on ne le trouve pas dans le Télémaque, où pourtant les laboureurs sont si souvent mis en cause et si fortement loués.