—Oui, pour vous, répondit le sage;

Soyez détrompé sur ce point.

Vous me forcez à vous le dire:

Si je suis seul ici, beau sire,

C'est depuis que vous m'avez joint.»

[218.]—Peltier, l'un des principaux rédacteurs de la célèbre feuille royaliste intitulée les Actes des apôtres, démontra un jour dans son journal comme quoi la Révolution avait eu pour cause première le plaisir des petites vengeances.

«Le roi, dit-il, en assemblant les états généraux, a eu le plaisir d'humilier la morgue des parlements. Les parlements ont eu le plaisir d'humilier la cour. La noblesse a eu le plaisir de mortifier les ministres. Les banquiers ont eu le plaisir de détruire la noblesse et le clergé. Les curés ont eu le plaisir de devenir évêques. Les avocats ont eu le plaisir de devenir administrateurs. Les bourgeois ont eu le plaisir de triompher des banquiers. La canaille a eu le plaisir de faire trembler les bourgeois. Ainsi, ajoutait le journaliste, chacun a eu d'abord son plaisir. Tous ont aujourd'hui leur peine. Et voilà ce que c'est; et voilà à quoi tient une révolution.»

[219.]—C'est par une singulière assimilation de la cause avec l'effet que le mot chaland, tout en servant à désigner une sorte de grand bateau, employé sur les fleuves et sur les canaux, a pris une acception qui en fait pour ainsi dire le synonyme de client. C'est à Paris que s'est opéré ce doublement de signification. De temps immémorial, les bateaux qui voituraient à Paris toutes sortes de provisions alimentaires et qu'on appelait chalands, amenaient de gros pains plats auxquels les Parisiens, qui allaient les acheter aux rives du fleuve, donnèrent le nom des bateaux qui les avaient amenés. De la marchandise, le nom s'étendit aux marchands, qui, lorsque les acheteurs abondaient, se disaient achalandés. Dans le langage d'aujourd'hui, les acheteurs quelconques sont des chalands, et leur nombre achalande un magasin, sans préjudice du nom de chaland donné encore aux grands bateaux.

[220.]—A une certaine époque, sous la Révolution, pendant la période d'abrogation des anciens cultes, il fut décrété que le drap recouvrant les cercueils au moment des funérailles serait aux couleurs nationales, et l'observation de cette mesure dut, paraît-il, être de longue durée, car voici ce qu'on peut lire dans une Dissertation sur les sépultures publiée par le citoyen Cupé, en l'an VIII: