C'est une séduisante causerie sous un ombrage séculaire où l'on se parle si bas, si près, que les lèvres se touchent et frémissent.

Ou bien encore, c'est la demoiselle au corselet d'émeraude, aux ailes de nacre et de moire que l'on poursuit en chantant la vieille chanson qu'une mère vous a apprise autrefois.

Et puis souvent, pour contraster avec ces tableaux si frais, si jeunes, si parfumés, surgit une bizarre vision, quelque chose d'horrible et d'étrange... qui vous terrifie et vous glace un moment...

Alors c'est comme la peur qu'on éprouve au milieu d'une paisible veillée d'automne, quand l'aïeul raconte quelque lugubre et sanglante chronique.

Mais aussi que cette folle terreur d'un instant donne un charme plus vif aux voluptueuses caresses de ces femmes pâles, douces, aériennes qui réalisent tous les songes de votre ardente jeunesse; vous savez! quand le regard sec, haletant sur votre couche solitaire, vous appeliez en vain l'être mystérieux et inconnu que l'on rêve toujours à quinze ans.

Oh! qu'alors elle semble vulgaire cette ivresse du punch, malgré ses mille flammes bleuâtres et nacrées, ses étincelantes aigrettes d'opale et de feu, qui frissonnent, pétillent en courant sur les bords d'une large coupe.

Oubliez le vin de Champagne au milieu des glaçons; laissez bouillonner sa mousse; laissez-la déborder et couler à longs flots sur le cristal des carafes.

—Après tout, que serait cette ivresse? quelque lourde et grossière orgie, des idées sans suite, une tête pesante, une raison éteinte ou hébétée.

Au lieu que l'opium! tenez... voyez ce Brulart! si vous saviez ce qu'il rêve.

C'est un homme étrange que cet homme! Féroce et crapuleux, c'est à force de vices et de crimes qu'il a pris un impérieux et irrésistible ascendant sur une tourbe d'êtres dégradés et infâmes; jamais une pensée noble ou consolante; on dirait que c'est en riant, d'un rire satanique, qu'il creuse dans la fange pour voir jusqu'à quel point d'ignominie peut aller la dégradation humaine.