—Comment! la douzaine?
—Oui, monsieur—répondit le commandeur en agitant son fouet....
—Ah!... je n'y étais, ma foi, pas du tout; oui, oui, la douzaine... et envoie-le-moi tout de suite....
Atar-Gull fut donc attaché et fouetté.
Son calme, son sourire doux ne l'abandonnèrent pas un instant; pas une plainte, pas un gémissement; c'était plutôt avec une expression de joie et de contentement qu'il recevait les coups....
Et au fait, le pauvre garçon, tout le servait à souhait; depuis une certaine aventure, il n'avait eu qu'un but, celui de se rapprocher de M. Wil, d'être autant que possible admis dans son intérieur, car il vivait maintenant de deux haines bien distinctes:—Brulart et le colon.
Et encore la haine qu'il portait à Brulart était-elle pâle et froide auprès de celle qu'il avait vouée au bon homme Wil.
Aussi sa conduite sage, laborieuse, réglée, soumise, portait déjà son fruit; car, avant la correction, et comme pour la lui faire endurer plus patiemment, le commandeur lui avait expliqué qu'il allait suivre le colon, et que c'était à sa bonne conduite qu'il devait cette faveur inespérée.
Comment, après cela, n'eût-il pas béni cent fois les coups! n'eût-il pas baisé les lanières qui le déchiraient!
Quand on eut fini, Atar-Gull fit un paquet du peu qu'il possédait, et courut tenir l'étrier de M. Wil qui, flatté de son activité et de son peu de rancune, lui tapa légèrement la joue d'un air riant et paternel.