Le chant devint plus distinct.... Atar-Gull avançait toujours avec rapidité.
Tout à coup on cessa de chanter, il se fit un moment de silence....
Puis on entendit comme des cris d'enfant d'abord horriblement aigus, ensuite mourants et convulsifs.
Et le chant bizarre et solennel devenait de plus en plus éclatant, et Atar-Gull courait toujours vers la lueur rougeâtre qui teignait de pourpre une partie des arbres gigantesques de la forêt, tandis que les autres se dessinaient noirs sur ce fond enflammé.
Le nègre arriva enfin, se fit reconnaître à un signe mystérieux qui consistait à se mordre les deux index, tandis que le petit doigt de chaque main revenait se poser sur le coin de l'œil.
Il s'assit à sa place, attendit son tour, et regarda.
Au milieu d'une vaste clairière, étaient rassemblés une assez grande quantité de nègres, tous accroupis, les bras croisés, les yeux ardemment fixés sur trois noirs qui entouraient une cuve d'airain posée sur un brasier ardent.
Auprès, posée au bout d'un long roseau, était une tête fraîche et saignante.
C'était la tête du fils de Cham qu'Atar-Gull avait remplacé dans les bonnes grâces du colon, depuis que la perte de son enfant lui avait fait si cruellement oublier ses devoirs.
Le reste du jeune négrillon bouillait dans la chaudière.