Et chaque jour, à chaque heure, vois-tu... tu auras devant toi le bourreau de ta famille... l'auteur de ta ruine....
Et la nuit je t'éveillerai, et à la lueur de cette lampe, tu verras encore le bourreau de ta famille et l'auteur de ta ruine!
Au dehors, je serai loué, montré, fêté comme le modèle des serviteurs, et je te soignerai, et je soutiendrai ta vie, car elle m'est précieuse ta vie... plus que la mienne, vois-tu; il faut que tu vives long-temps pour moi, pour ma vengeance... oh! bien long-temps...—l'éternité, si je pouvais...—Et si un étranger entrait ici... ce serait pour te dire mes louanges, te vanter mon dévoûment à moi, qui ai tué... tué ta famille... qui t'ai rendu muet et misérable... car c'est moi... c'est moi, entends-tu, Tom Wil... c'est moi seul qui ai tout fait... moi seul...—
Criait le nègre en rugissant comme un tigre, et bondissant dans cette chambre en poussant des hurlements qui n'avaient rien d'humain.....
Quand cet accès frénétique fut passé, il s'occupa du colon que cette effrayante secousse avait fait évanouir....
Il le ramassa et le plaça avec soin sur son lit, en lui faisant respirer un peu de vinaigre.
Tom Wil ouvrit les yeux d'un air étonné, inquiet; le pauvre homme croyait avoir fait un mauvais rêve; aussi en se retrouvant au milieu des soins empressés de son esclave, il sourit à Atar-Gull avec une admirable expression de reconnaissance.
Mais celui-ci avait suivi sur les traits du colon toutes ses pensées, et pour ne lui pas laisser cette consolante illusion, il reprit en lui serrant la main violemment:
—C'est moi seul, Tom Wil, qui ai tué ta femme et ta fille... tu n'as pas rêvé, Tom Wil, c'est moi....
Il est plus facile d'imaginer que d'écrire tout ce que dut souffrir le malheureux colon: aussi, depuis cette époque, sa santé s'affaiblit; mais, grâce aux horribles soins d'Atar-Gull, elle se soutint chancelante.