—Cet homme-là est un sorcier ou un furieux mécanicien—se dit Narcisse en sentant le froid lui gagner les reins.

Mais voici que les trois figures étendent les bras, se détirent, se secouent, et rajustent les haillons dont elles sont couvertes.

—Pour le coup, ceci devient trop poétique: c'est forcé; ce n'est pas nature—pensa Narcisse en retombant glacé sur son oreiller.

Mais il voulut voir, jusqu'à la fin, le dénouement de cette scène. Son âme de poète se tendit, fit effort, et Narcisse Gelin se redressa et continua de regarder. Quand il se remit à sa lucarne, le gros homme avait sans doute ouvert aussi la boîte à la passion, car, au lieu de trois, ils étaient six, sans compter l'industriel, six armés jusqu'aux dents,—et la lumière du fanal luisait, étincelait sur les lames de longs poignards, dont ils assuraient la garde dans leurs larges mains.

—Sommes nous parés?—dit le gros homme à voix basse.

—Oui....

—Adieu!—Va! fit le Curtius.—Et lestes et adroits comme des chats sauvages, ils se hissèrent par les deux panneaux entr'ouverts.

Narcisse Gelin n'eut pas la force de pousser un cri; la sueur ruisselait de son front: il commençait à comprendre que ce pouvait bien être des pirates.

Et ce doute se changea en conviction, lorsque, après quelques cris étouffés, quelques trépignements sur le pont, il y eut un moment de silence à bord de la Cauchoise, et puis qu'un immense et retentissant hourra ébranla la goëlette jusque dans sa membrure.

Tout-à-fait fixé sur la moralité du gros homme, Narcisse le considéra dès lors comme un chef de pirates, et l'Albinos, le grand Napoléon, sa sainteté le Pape, Jésus-Christ et les acteurs de la passion, comme des scélérats de sa troupe qui pouvaient avoir jeté à l'eau le capitaine Hochard et ses matelots, les estimables Bas-Normands, qui avaient de si bonnes mœurs.