(Ce fut, je crois, un vendredi du mois de juillet 18..... à sept heures vingt-neuf minutes du matin.)
Au moment où Benoît se disposait à monter à bord, un coup de sifflet aigu, modulé, retentit fortement; cette marque de déférence qui, dans la civilité nautique, signale toujours l'arrivée d'un personnage de distinction, rassura un peu notre bon capitaine.
—Ils ne sont pas encore si sauvages qu'ils en ont l'air—dit-il en se hissant au moyen de tire-veilles qu'on lui avait jetées avec galanterie.
Il arriva sur le pont de la Hyène (la goëlette s'appelait la Hyène).
Là, ma foi, n'eût été la grâce toute courtoise avec laquelle on avait sifflé pendant qu'il grimpait à bord, là, Benoît eût senti une bien poignante inquiétude, croyez-moi; car il put considérer à loisir ce hideux équipage.
Quelles figures, bon Dieu!
Certes, l'équipage de la Catherine n'était pas tout composé de timides adolescents qui venaient de se séparer pour la première fois d'une bonne vieille mère, en emportant sa sainte bénédiction, qui s'essuyaient les yeux au seul souvenir de ses cheveux blancs si vénérables, qu'ils baisaient chaque matin avec respect et joie en disant:—Bonjour, mère!
Avant le départ, tous n'avaient pas été murmurer une humble prière à la bonne Vierge qui protège les pauvres marins, et puis offrir naïvement sur son autel une modeste couronne de paquerettes des bois.
Et lorsque le soleil, disparaissant le soir sous un immense dais de pourpre et d'or, semblait changer la mer en un océan de feu, et inondait encore le brick d'une clarté flamboyante, certes, bien peu allaient d'habitude se prosterner sur le pont et unir leurs voix reconnaissantes en un religieux cantique, dont les touchantes paroles se mêlaient aux majestueuses et sublimes harmonies de la nature.
Ce n'étaient pas non plus de chastes et d'honnêtes pensées qui venaient sourire à leur ardente imagination, et dont ils se berçaient le soir en s'endormant balancés dans un hamac.