—Tu as b.... renâclé pour venir au lof, vieux marsouin—lui dit un homme à figure repoussante, et qui n'avait qu'un œil; cet intrigant était à peine vêtu d'un pantalon déchiré, d'une vieille, vieille chemise de laine rouge, sale et grasse, et ceint d'une corde au travers de laquelle passait la lame d'un grand couteau à manche de bois.
Ici Benoît rassembla sa dignité, son courage, et répondit sans émotion:
—Vous aviez seize canons et je n'en avais pas un... c'est pas cher d'amariner les gens à ce prix-là, bigre!
—C'est pour cela, mon gros souffleur, qu'il faut gouverner droit, parce que la raison est toujours du côté des canons... et tu vois si nous sommes raisonnables...
Dit le gentilhomme, en lui faisant observer que les gaillards étaient parfaitement garnis...
—Enfin—reprit Benoît avec impatience—vous m'avez hélé; que voulez-vous de moi? je perds la brise; est-ce que vous allez m'embêter encore long-temps comme ça?
—N'y a que le commandant qui puisse te répondre; en attendant, sois calme et ronge ton câble, ça t'empêchera de grincer des gencives...
—Le commandant! ah! vous avez un commandant ici, ça doit être du propre—dit imprudemment Benoît, avec une sorte de moue dédaigneuse.
—Mords ta langue, vieille carogne, ou je te l'arrache pour la jeter aux requins!
—Mais, bigre d'enfer...—s'écria le malheureux capitaine...—enfin que me voulez-vous?... est-ce de l'eau ou des vivres?