—Ce n'est pas une femme, c'est un ange—disait Arthur, en voyant Marie déboucher toute heureuse, toute souriante, un petit flacon de cristal mince, friable, et rempli d'une belle liqueur limpide, verte comme l'émeraude.
Ils s'étendirent tous deux sous un chêne magnifique, dans un épais taillis, désert et reculé; l'air était tiède, le ciel pur, le soleil à son déclin.
—Devine, cher adoré... comment nous allons partager cette douce liqueur?—dit la jeune femme, en jetant son bras blanc et potelé autour du cou de son mari, et le baisant au front.
—Je ne sais, mon ange—répondit Arthur avec insouciance, en comptant sous ses lèvres les palpitations du cœur de Marie.
—Eh bien!—dit-elle avec un regard ardent et passionné, pendant qu'un frisson voluptueux semblait courir par tout son corps—eh bien! mon Arthur, nous mettrons ce mince cristal à moitié entre nos dents... et nous le briserons au milieu d'un de ces baisers délirants... tu sais....
—Oh! viens... donc....—dit Arthur.....
Le soleil se coucha.
Le lendemain, à la nuit, le comte sortit comme d'un affreux sommeil, la langue rude et sèche... le gosier brûlant, et des battements d'artères à lui rompre le crâne....
Il était à la même place que la veille. Il sentit aussi mille pointes aiguës lui déchirer les entrailles.
Pour lors il se tordit, cria, mordit la terre, car il souffrait des douleurs atroces....