Ces nègres, par exemple, n'imitaient pas l'heureuse et naïve insouciance des enfants; car eux, je crois, comprenaient mieux leur situation.

Souvent dans leur Kraal, assis autour d'un bon feu de palmier et d'aloës qui répandait une fumée si odorante et une flamme si blanche, souvent ils avaient entendu raconter par un vieillard que dans le Nord, quelques tribus, au lieu de manger leurs prisonniers, les vendaient aux hommes blancs qui les emmenaient dans leur pays... bien loin... bien loin.... Ici, les renseignements s'arrêtaient, et la crainte s'augmentait de cette ignorance; aussi, nous l'avons dit, les Namaquois de feu (hélas! on peut bien, je crois, dire de feu...) le capitaine Benoît étaient sombres et tristes.

Les uns assis, la tête penchée sur la poitrine et le bout de leurs pieds dans leurs mains, avaient les yeux fixes, ternes, et restaient dans un état d'immobilité parfaite...

D'autres raidissaient leurs bras, serraient fortement leurs dents, et faisaient je ne sais quel mouvement buccal intérieur; mais de temps en temps leurs joues s'enflaient, leurs yeux devenaient sanglants, et on entendait une sorte de crépitation sourde et saccadée s'échapper de leur poitrine haletante.

Ils cherchaient ceux-là, on peut le présumer du moins, à avaler leur langue; espèce de mort, dit-on, assez commune chez les sauvages.

D'autres, couchés en long, semblaient fort calmes; mais de temps en temps ils imprimaient à leurs jambes une violente et affreuse secousse, comme pour les arracher de l'anneau qui les étreignait; ce qui était absurde, et prouvait bien la stupide ignorance des sauvages; car ces anneaux, rivés avec la barre, n'avaient, comme on le pense bien, aucune élasticité...

Ceux-ci enfin, et c'était le plus grand nombre, tournés sur le côté, dormaient d'un sommeil souvent interrompu par quelques mouvements convulsifs, quelques tiraillements de l'estomac, ou quelque joyeux souvenir des rivages du fleuve Rouge.

Comme le souvenir d'une bonne danse namaquoise, si vive et si preste, au son du jnoumjnoum, sous des mimosas qui secouent leurs pétales roses et font mystérieusement bruire leur dentelle de verdure, alors que le soleil couchant illumine le sommet des arbres, que les oiseaux du ciel chantent leur chanson du soir, que les legouanes murmurent un cri plaintif, et que le ramage des didriks et des moineaux du Cap se mêle aux sourds et lointains rugissements des lions et des panthères....

Alors que le monstreux hippopotame, comme la vieille divinité de ce fleuve africain, fendant l'onde bouillonnante, montre son corps noir et cuirassé tout ruisselant d'eau, de joncs verts et de nénufars, dont les fleurs bleues se détachent sur les larges plis d'argent de la rivière.

Alors enfin que c'est fête au Kraal, et que le chef a promis pour le lendemain une grande chasse à l'éléphant.