C'étaient de sveltes et grandes jeunes filles, fortes et charnues, au nez droit et mince, au front haut et voilé par d'épais cheveux noirs, lisses comme l'aile d'un corbeau. Et quels yeux! des yeux d'Espagnoles, longs et étroits, avec une prunelle veloutée qui luit sur un fond si limpide, si transparent qu'il paraît bleuâtre.... Pour la bouche, c'était de l'ébène, de l'ivoire et du corail....
Et si vous les aviez vues là, mordieu, toutes ces Namaquoises, bizarrement éclairées par le fanal de Brulart...
Si vous aviez vu cette lumière vacillante courir et jouer sur ces corps, tant souples, tant gracieux, qu'elle semblait dorer....
Les unes, à moitié couvertes d'une pagne aux vives couleurs, laissaient à nu leurs épaules rondes et potelées, les autres croisaient leurs beaux bras sur une gorge ferme et bondissante; celles-ci....
Ah! si je n'avais eu un de mes grands-oncles chanoine de Rheims, un bien saint homme!...
On aime, je le sais, une peau fraîche, élastique et satinée, qui frissonne et devient rude sous une bouche caressante. On aime à entourer un joli cou blanc, d'une chevelure soyeuse et dorée qui se joue sur des veines d'azur.
On aime à clore sous un baiser les paupières roses, les longs cils d'un œil bleu, doux et riant comme le ciel de mai.
On aime autant, je le sais, la pourpre et les perles incrustées dans l'ivoire que dans l'ébène.
On aime ce maintien timide, cette allure modeste qui font si doucement tressaillir une robe de vierge.... On aime encore à voir un petit pied au travers de la légère broderie d'un bas de soie encadré dans le satin.
Mais pourquoi dire anathème, cordieu, sur ces beautés noires et fougueuses comme une cavale africaine, farouches et emportées comme une jeune tigresse...