—Non, dites je voudrais, reprit Marcel.

—Eh bien, je voudrais que vous prissiez un rôle dans la pièce que nous allons jouer... le rôle d'Othello.—

—Moi, moi... vous n'y pensez pas, Madame... vous exigez...—encore une fois, ce que vous exigez est impossible. Je ne pourrai. Je n'oserai jamais...

—Je n'exige rien, Monsieur, dit sèchement Hortense, je suis fâchée que cela ne puisse vous convenir, voilà tout.

—Madame...

—Non, Monsieur, vous m'obligerez même de ne parler à personne de tout ceci.—Comme je remplis, moi, le rôle de Desdémona, qui est presque toujours en scène avec Othello... C'était une folie, une inconséquence même de ma part de vous avoir fait cette demande. Encore une fois, monsieur de Launay, je vous saurai un gré infini de n'en pas dire un mot.

—Marcel garda le silence pendant quelques instants.—Il paraissait combattu par mille pensées diverses—enfin il répondit à Hortense:—«vous ne saurez jamais, madame, tout ce que me coûte la promesse que je vous fais: je jouerai...»

—Il y avait dans ce mot—je jouerai—une expression si vraie, si sentie, un dévouement et une abnégation si sincères, qu'Hortense fut un instant émue,—qu'elle eut comme pitié de cette pauvre créature que l'on s'acharnait à tourmenter si cruellement... et puis elle pensa qu'après tout—il n'était pas si malheureux de se croire aimé, et que cette douce illusion compenserait bien la peine qu'il éprouverait quand on lui dirait que ce n'était qu'un mensonge,—et elle continua:

—Que vous êtes aimable, monsieur Marcel, vous ne sauriez croire combien vous me rendez joyeuse—c'est donc convenu... mais songez que nous devons jouer dans huit jours, et qu'il y aura des répétitions tous les jours, plutôt deux qu'une, qu'il faudra y assister.

—Je vous l'ai promis, Madame.