—Je vous dis, moi, reprit fièrement l'enfant qu'on ne me pansera pas maintenant, mon père le saurait... et ça le vexerait... Puisqu'il est blessé lui-même, faut pas que je l'inquiète pour une misère...
—Ah! oui, ton père... reprit le canonnier,—ton père... joliment... il est...
La phrase fut interrompue par le plus glorieux coup de poing qu'un homme ait jamais reçu;—te tairas-tu, carogne, dit maître Rénard en menaçant encore l'indiscret... Puis se retournant vers Georges.
—Toi, viens en bas, mon enfant...
—Voir mon père, maître Rénard, dit l'enfant en cachant sa main ensanglantée.—Non, mon petit.... non.... demain... ou après... en attendant, couche-toi là... près de cet affût... En attendant, c'est moi qui serai ton père. Entends-tu... je t'aimerai bien; mais sacredieu n'aies pas peur.
—Oui, maître Rénard, dit Georges tout tremblant... et n'osant pleurer, au souvenir du gros baiser que son père lui donnait tous les soirs.
—Sacredieu... pensa Rénard, en s'enveloppant dans sa capote... hier, à cette heure-ci, mon vieux matelot était près de moi... et aujourd'hui... pauvre Mulot, va.
Et il s'assit aux pieds de Georges, en attendant le jour.