«—Vrai,.. vrai,.. tu pars,.. et demain! s'écria-t-elle avec une joie qui me rendit sombre!—Il part demain, oh! mon Dieu, je te remercie, s'écria-t-elle en se jetant à genoux!

«—Pépa,... lui dis-je!

«—Mais elle, se précipitant à mon cou avec délire, fut la première à me couvrir de baisers; tu pars,... me disait-elle, mais tu ne pars que demain;... mais cette nuit,... cette nuit est à nous!—elle est à nous tout entière, cette nuit que tu regretteras.—Oh! oui,.. parce qu'elle sera la première et la seule; oui, ainsi tu regretteras ta Pépa,.. tu la regretteras, disait-elle avec une joie d'enfant et une exaltation de femme passionnée,—tu la quitteras en la désirant encore,.. en la désirant plus que tu ne l'auras jamais désirée,.. car tu ne sais pas, non, tu ne pourras jamais savoir combien je t'aime, et ce qu'il m'en a coûté pour te résister jusqu'ici.—Mais vois-tu, c'est toujours ainsi que j'avais rêvé l'amour;—avoir à moi un jour, un seul jour rempli des plus ardentes et des plus inexprimables voluptés;—mais un seul jour,—afin qu'il fût unique dans tous mes jours! car, si ce jour avait des lendemains, vois-tu, Wolf, auprès de lui,.. chaque lendemain serait pâle et lui ôterait de son prestige et de son éclat,.. et songe donc que je dois vivre toute ma vie de ce seul jour; car si mon pressentiment ne me trompe pas,... je ne te verrai plus,.. et, s'il me trompe, tu n'obtiendras pas plus de moi dans l'avenir!»

—Sacredieu, dis-je à Wolf, votre Pépa était un peu originale, mais malgré cela j'aurais voulu me trouver à votre place... vous deviez être un homme bien heureux...

—«Heureux à perdre la tête, aussi, vite, je retourne à bord afin de donner mes dernières instructions pour le lendemain matin.

—«Il était à peu près trois heures de l'après-midi, je fais préparer une petite yole que je manœuvrais moi seul pour me rendre à terre sans témoins; je passe encore le long du navire du père de Pépa, afin de bien m'assurer que la quarantaine ne finirait que le lendemain, je vois le digne capitaine, il me charge de ses tendresses pour sa fille, je lui fais signe de la main, et je me dirige vers cette partie de la côte où aboutissait le petit jardin de la maison de Pépa...»

—Ah ça, mais vous ne me parlez pas des scrupules que vous dûtes avoir,—dis-je à mon ami Wolf,—des scrupules que vous dûtes avoir quand vous vîtes ce bon homme si confiant, dont vous alliez séduire la fille...

—Mais mon ami me répondit avec une violence que je me plais à attribuer au punch.

—«Ne me dites donc pas des choses que vous ne pensez pas, et auxquelles vous n'eussiez pas songé non plus à ma place!

—«Des scrupules!...—est-ce qu'on a des scrupules quand on va posséder une femme comme Pépa! mais rappelez-vous donc qu'elle m'attendait, qu'elle avait éloigné sa vieille gouvernante... qu'elle était seule... toute seule... que je la voyais d'avance couchée sur son divan rouge avec son grand peignoir blanc et ses cheveux noirs, la gorge palpitante,—les yeux voilés;—car quoiqu'elle m'eût résisté, elle m'aimait autant que je l'aimais, et ses désirs étaient aussi violents et avaient été aussi comprimés que les miens. Or, vous concevez, mon cher, les délices que je rêvais, lorsque sur le point d'arriver à la plage, je crus apercevoir un homme qui nageait vers moi, venant du large en contournant les rochers qui bordaient la passe.