—Mais bientôt midi, je pense, mon oncle, dit Marie.

Puis me montrant du doigt, l’oncle dit à voix basse: Est-ce qu’il dort?

—Il n’a fait qu’un mouvement depuis ce matin, dit Mirval.

—Il est néanmoins fort peu agréable d’avoir une pareille espèce dans sa voiture, dit l’oncle; mais quand Marie veut quelque chose...

—Voyons, monsieur Mirval, je vous en fais juge, dit Marie; nous sommes à la merci de ces horreurs de guides; un d’eux est renversé par son cheval, cette nuit, il est grièvement blessé, pouvions-nous faire autrement que de le recevoir dans notre voiture, par humanité d’abord, et puis ensuite pour nous faire bien venir de ces hommes avec lesquels, je l’avoue, je suis loin d'être en confiance?

—Et vous avez tort, Marie. Ces canailles-là ont un point d’honneur inconcevable; c’est singulier, mais c’est cela; et aussi, escorté par des voleurs, je dors aussi tranquillement que je le ferais escorté par des gendarmes de notre belle patrie.

—Le fait est, dit Mirval, qu’à part le peu de gêne que nous occasionne la présence de ce misérable, nous avons fait une action assez politique, je crois, en le prenant avec nous.

—Pourquoi ne pas l’avoir placé sur le siége comme je le voulais, puisque la place est libre, et que nous ne retrouverons nos gens qu’à Séville?

—Y pensez-vous, dit Marie, sur un siége aussi élevé! ce pauvre homme était évanoui, et ils y ont mis d’ailleurs un autre de leurs camarades, je ne sais pourquoi.

—A la bonne heure! j’ai tort, Marie; mais voyez donc un peu la mine de notre compagnon de voyage, dit l’oncle en relevant le capuchon de mon manteau. Je fermai les yeux et je restai immobile.