Un regard rempli de dignité, de hauteur et d’écrasant mépris... stupéfia M. de Noirville et arrêta sur ses lèvres je ne sais quelle triviale brutalité prête à lui échapper.
Il ouvrit la porte du parloir, offrit le bras à sa femme et l’accompagna dans la salle à manger.
M. et madame de Noirville se mirent à table.
C'était un vendredi, et Cécile, d’une piété profonde, suivait exactement les lois de l'Église.
M. de Noirville, lui, mettait sa vanité d’esprit fort à taquiner sa femme sur les scrupules religieux qui l’empêchaient de faire comme lui, qui s’acharnait à ne manger ce jour-là ni poissons ni légumes, quoiqu’il les aimât beaucoup, préférant se gorger de viande, pour humilier les jésuites, disait-il, et narguer les prêtres.
—Cécile, qui mangeait comme un oiseau, prit quelques cuillerées d’un potage qu’on lui avait servi à part, et retomba dans sa rêverie.
Elle en fut tirée par un retentissant éclat de rire de M. de Noirville, qui s’écria: Devine ce que tu viens de manger là!...
—Je ne vous comprends pas, Monsieur, répondit Cécile.
—Ah! ah! dit Noirville—en redoublant ses éclats de rires,—c’est ça... qui prouve bien la bêtise de faire maigre; tu ne sais pas ce que j’ai fait? je suis descendu moi même à la cuisine pour mettre dans ta soupe maigre une grande cuillerée de bouillon gras. Eh bien! croiras-tu encore qu’il faut faire maigre maintenant?... Te voilà bien attrapée... Ah! la bonne farce!... tu as commis un péché,... un fameux péché,... fameux... C'est encore ça qui fera rire Dumont!
Cécile rougit, ne répondit pas un mot, et se leva de table en disant à son mari: