SCÈNE V.
Il fait nuit.—La salle à manger de M. Crinet.
RÉGULUS, frappant à une porte fermée.
Malvina... Malvina!... eh bien, non... je concentrerai mon amour au fond de moi-même comme le volcan sa lave... Oh! dis..... confie ta blonde vertu à ma brune passion... (Il frappe encore.) Malvina... Malvina.... elle ne répond pas... je l’aurai effarouchée... c’est sûr... Damnation... Malvina, si tu ne réponds pas, je me brise le crâne sur le pavé... Malédiction.... ou bien j’arrache mes yeux de leurs orbites saignants, et je les jette contre ta porte.... Malvina, réponds, ou je me jette par la fenêtre... tiens, j’ouvre la fenêtre... (Il ouvre la fenêtre avec bruit.) Entends-tu comme j’ouvre la fenêtre... (Regardant.) Holà! quatre étages... quelle bêtise... Oh!... une idée... il faudra bien qu’elle sorte... (S'approchant de la porte et d’une voix entrecoupée.) Malvina, mon instinct psychologique, aidé de ma puissante intention, me le révèle, c’est ma mort que tu veux... oui, tu veux venir fouler dédaigneusement ma tombe avec ton fatal et fantastique époux... vêtu peut-être de ce karik vert sur lequel je me suis tortillé à tes pieds, comme le serpent écaillé d’azur s’enroule sur un tapis champêtre de mousse verdoyante...... Oh! femme! femme!... tu veux au milieu d’un galop étourdissant, ravissant, palpitant, enivrant, étincelant, bondissant, délirant, échevelé, tournoyant, quand deux bras forts d’homme étreindront ta taille lascive de femme, tu veux, n’est-ce pas, venir ricaner affreusement ces mots. Il s’est tué pour moi... et je danse.... oui, tu veux dire dans ta folle, insouciante et joyeuse fantaisie de jeune femme rose et blanche... Je danse!!! et pendant ce temps-là des vers d’un blanc roux pâturent les lambeaux putréfiés et rougeâtres de son cadavre d’une couleur violacée et sanguinolente, comme le matin du jour des funérailles du monde, n’est-ce pas!... Eh bien! sois contente, ricane, galope, ris et ris encore... tu vas l’avoir, ma mort, entends-tu.... si quand j’aurai compté trois... tu n’es pas là, ici, près de moi, rampante, courbée à mes pieds comme l’esclave orientale au teint cuivré... aux bracelets d’or... aux dents d’ivoire... à la chevelure d’ébène et aux lèvres de corail... Alors... alors... je retourne au néant dont je suis venu... entends-tu... Malvina..., car, vois-tu, faible femme, c’est la mort d’un homme... d’un noble jeune homme, au cœur fort parmi les jeunes hommes que tu veux.... Fais bien attention, je prends mon élan... écoute-moi bien prendre mon élan... une fois...
—Silence.
—Deux fois...
—Silence.
—Trois fois... c’est l’enfer, c’est la damnation éternelle, des grincements de dents à épouvanter les damnés... des blasphêmes, des rugissements pour l’éternité!!!
—Silence.
RÉGULUS.