CRINET.
Allons... allons... je crois qu’ils m’oublient, voilà quinze jours que cet imbécile de conseil m’a condamné à huit jours de prison, et je n’en entends plus parler... c’est pas l’embarras, j’ai fait dire que j’étais malade, et c’était adroit. Justement les assises où j’étais juré pour ce procès politique ont eu lieu pendant ce temps là, et comme ça je n’ai condamné ni les uns ni les autres, de façon que je garderai ma fourniture et que je ne serai pas exposé aux poignards empoisonnés des républicains, car il paraît maintenant qu’ils sont empoisonnés.
(Entre Suzon.)
SUZON.
Monsieur, voilà une lettre.
CRINET.
Voyons. (Il lit) «Puisque par votre impardonnable négligence vous avez favorisé l’acquittement des anarchistes en ne votant pas contre eux, puisque votre voix les eût fait condamner, je suis obligé de vous apprendre qu’à dater de ce jour la fourniture de la maison du prince vous est retirée... Je vous avais pourtant prévenu, mais votre caractère opiniâtre a prévalu sur les sages conseils d’un homme qui se disait votre ami et qui n’est plus que votre serviteur.»
Signé, LECLERC.
C'est parfait.. c’est au mieux, c’est trente mille francs de jetés à l’eau... C'est un bénéfice de 10,000 fr. par an d’annulé, c’est agréable, et ça parce que je n’ai pas voulu me livrer au couteau des assassins, à cause de leur imbécile de procès... mais à quoi sert une révolution alors, puisqu’on y perd plus qu’on y gagne... c’est une révolution de coupe-gorge alors... Pour qu’une révolution soit bonne, il faut qu’on y gagne... A ce compte là, les glorieuses sont un guet-apens, une infamie... Et moi qui les ai faites les glorieuses... c’est une horreur.