— Des environs de Vannes.

— Ma famille aussi est originaire de ce pays.

— Je m'en doutais, car l'on t'a donné un nom breton. Eh bien, ce bardit, peut-on le chanter, ami Scanvoch? Notre officier nous a donné l'ordre de t'obéir comme à lui; j'ignore où tu nous conduis, mais un chant s'entend de loin, surtout lorsqu'il s'agit d'un bardit national entonné en choeur par de vigoureux garçons à larges poitrines… Ou peut-être ne faut-il pas attirer l'attention sur notre barque?

— Maintenant, tu peux chanter… Plus tard… non.

— Alors, qu'allons-nous chanter, enfants? dit le vétéran en continuant de ramer, ainsi que ses compagnons, et tournant seulement la tête de leur côté; car, placé au premier banc, il me faisait face. Voyons… choisissez…

— Le bardit des Marins, dit un des soldats.

— C'est bien long, mes enfants, reprit Douarnek.

— Le bardit du Chef des cent vallées?

— C'est bien beau, reprit Douarnek; mais c'est un chant d'esclaves attendant leur délivrance, et par les os de nos pères? nous sommes libres aujourd'hui dans la vieille Gaule!

— Ami Douarnek, lui dis-je, c'est au refrain de ce chant d'esclaves: Coule, coule, sang du captif! Tombe, tombe, rosée sanglante! que nos pères, les armes à la main, ont reconquis cette liberté dont nous jouissons.