— Qui s'intéresserait maintenant… à ce malheureux… si ce n'est moi? me répondit-il avec une expression d'ineffable miséricorde.
— Oh! Marion, ces paroles sont dignes du jeune maître de Nazareth que mon aïeule Geneviève a vu mourir à Jérusalem!
— Ami Scanvoch… merci … tu ne diras rien… je compte sur ta promesse…
— Non! non! ta céleste commisération rend le crime plus horrible encore… Pas de pitié pour le monstre qui a tué son ami… un ami tel que toi!
— Va-t'en! murmura Marion en sanglotant; c'est toi qui rends mes derniers moments affreux! Eustache n'a tué que mon corps… toi, sans pitié pour mon agonie, tu tortures mon âme. Va-t'en!…
— Ton désespoir me navre… et pourtant, écoute-moi… Tout me dit que ce n'est pas seulement l'ami, le vieil ami que ce meurtrier a frappé en toi…
— Depuis vingt-trois ans… nous ne nous étions pas quittés, Eustache et moi…, reprit le bon Marion en gémissant. Amis depuis vingt-trois ans!…
— Non, ce n'est pas seulement l'ami que ce monstre a frappé en toi, c'est aussi, c'est surtout peut-être le chef de la Gaule, le général de l'armée… La cause mystérieuse de ce crime intéresse peut-être l'avenir du pays… Il faut qu'elle soit recherchée, découverte…
— Scanvoch, tu ne connais pas Eustache… Il se souciait bien, ma foi! que je sois ou non chef de la Gaule et général… Et puis, qu'est-ce que cela me fait… à cette heure où je vais aller vivre ailleurs?… Seulement, accorde-moi cette dernière demande… ne dénonce pas mon ami Eustache…
— Soit, je te garderai le secret, mais à une condition…