Et je poussai notre cri de ralliement de guerre, bien connu de
Douarnek.

Le bruit du vent et des grandes eaux me répondit seul.

Douarnek avait sans doute suivi mes ordres et regagné notre camp au coucher du soleil.

Je poussai une seconde fois notre cri de guerre.

Le bruit du vent et des grandes eaux me répondit encore.

Voulant gagner du temps et me mettre en défense, je dis à Elwig:

— Le vent souffle de la rive; il porte ma voix au large; mais il repousse les voix qui ont peut-être répondu à mon signal… Attendons…

En parlant ainsi, je tâchais de voir à travers les ténèbres de quelle manière Riowag était armé. Il portait à sa ceinture un poignard, et tenait sa courte et large épée, qu'il venait de tirer du fourreau; Elwig avait son couteau à la main… Quoiqu'ils fussent côte à côte et près de moi, je pouvais d'un bond leur échapper… j'attendis encore. Soudain j'entendis nu loin le bruit cadencé des rames… Mon appel était parvenu aux oreilles de Douarnek.

À mesure que l'heure décisive approchait, l'angoisse d'Elwig et de son compagnon devait augmenter… Me tuer, c'était pour eux renoncer aux trésors que mes soldats, leur avais-je dit, n'apporteraient qu'à ma voix; permettre à ceux-ci de débarquer, c'était laisser venir à moi des auxiliaires qui mettaient la force de mon côté. Elwig s'aperçut alors sans doute que sa cupidité sauvage l'avait menée trop loin, car voyant la barque s'approcher de plus en plus, elle me dit d'une voix altérée:

— On vante la parole gauloise… Tu me dois la vie… M'aurais-tu trompée par une fausse promesse?