— Notre ami Scanvoch possède la gausserie sérieuse… la plus plaisante de toutes…
— Mon frère parte en honneur et conscience, reprit la mère des camps. Il m'afflige, puisqu'en vous accusant il se trompe; mais il est sincère dans son erreur…
Tétrik, regardant tour à tour Victoria et moi avec une sorte de stupeur, garda le silence; puis il reprit d'un ton grave, cordial et pénétré:
— Tout ami fidèle est ombrageux; bon Scanvoch, inexplicable est pour moi votre défiance, mais elle doit avoir sa cause; franche est l'attaque, franche sera la réponse… Que me reprochez-vous?
— Il y a un mois, vous êtes venu à Mayence, un homme à vous, votre secrétaire, nommé Morix, bien muni d'argent, a donné à boire à beaucoup de soldats, tâchant de les irriter contre Victorin, leur disant qu'il était honteux que leur général, l'un des deux chefs de la Gaule régénérée, fût un ivrogne et un dissolu… Votre secrétaire a-t-il, oui ou non, tenu ces propos?…
— Continuez, ami Scanvoch, continuez…
— Votre secrétaire a cité un fait qui, depuis propagé dans le camp, a fait naître une grande irritation contre Victorin… Ce fait, le voici il y a quelques mois, Victorin et quelques officiers seraient allés dans une taverne située dans une île des bords du Rhin; après boire, animé par le vin, Victorin aurait fait violence à l'hôtesse… et elle se serait tuée de désespoir…
— Mensonge! s'écria Victoria. Je sais et condamne les défauts de mon fils… mais il est incapable d'une pareille infamie!
Le gouverneur m'avait écouté dans un silence imperturbable; il reprit en souriant:
— Ainsi, bon Scanvoch, selon vous, mon secrétaire aurait, d'après mes ordres, répandu dans le camp ces calomnies indignes?