— Hélas!… qu'est-ce donc? murmurèrent les orphelines; et
Dagobert qui n'est pas là…
Puis, tout à coup, Rose s'écria en saisissant le bras de Blanche:
— Écoute!… écoute!… on monte l'escalier.
— Mon Dieu! il me semble que ce n'est pas la marche de Dagobert; entends-tu comme ces pas sont lourds?
— Rabat-Joie! ici tout de suite… vient nous défendre! s'écrièrent les deux soeurs au comble de l'épouvante.
En effet, des pas d'une pesanteur extraordinaire retentissaient sur les marches sonores de l'escalier de bois, et une espèce de frôlement singulier s'entendait le long de la mince cloison qui séparait la chambre du palier. Enfin un corps lourd tombant derrière la porte l'ébranla violemment. Les jeunes filles, au comble de la terreur, se regardèrent sans prononcer une parole; la porte s'ouvrit: c'était Dagobert. À sa vue, Rose et Blanche s'embrassèrent avec joie, comme si elles venaient d'échapper à un grand danger.
— Qu'avez-vous? pourquoi cette peur? leur demanda le soldat surpris.
— Oh! si tu savais… dit Rose d'une voix palpitante, car son coeur et celui de sa soeur battaient avec violence. Si tu savais ce qui vient d'arriver… Ensuite, nous n'avions pas reconnu ton pas… il nous avait semblé si lourd… et puis ce bruit… derrière la cloison.
— Mais, petites peureuses, je ne pouvais pas monter l'escalier avec des jambes de quinze ans, vu que j'apportais sur mon dos mon lit, c'est-à-dire une paillasse, que je viens de jeter derrière votre porte, pour m'y coucher comme d'habitude.
— Mon Dieu! que nous sommes folles, ma soeur, de n'avoir pas songé à cela! dit Rose en regardant Blanche.