— Voyons, je vous écoute… dit le soldat, qui s'efforçait de sourire, pour mieux cacher aux enfants ce qu'il ressentait encore des outrages impunis du dompteur de bêtes.
Ce fut donc Rose, _l'aînée de planton, _comme disait Dagobert, qui parla pour elle et pour sa soeur.
VI. Les confidences.
— D'abord, mon bon Dagobert, dit Rose avec une câlinerie gracieuse, puisque nous allons te faire nos confidences, il faut nous promettre de ne pas nous gronder.
— N'est-ce pas… tu ne gronderas pas tes enfants? ajouta Blanche d'une voix non moins caressante.
— Accordé, répondit gravement Dagobert, vu que je ne saurais trop comment m'y prendre… Mais pourquoi vous gronder?
— Parce que nous aurions peut-être dû te dire plus tôt ce que nous allons t'apprendre…
— Écoutez, mes enfants, répondit sentencieusement Dagobert, après avoir un instant réfléchi sur ce cas de conscience, de deux choses l'une: ou vous avez eu raison, ou vous avez eu tort de me cacher quelque chose… Si vous avez eu raison, c'est très bien; si vous avez eu tort, c'est fait; ainsi maintenant n'en parlons plus. Allez, je suis tout oreilles.
Complètement rassurée par cette lumineuse décision, Rose reprit en échangeant un sourire avec sa soeur:
— Figure-toi, Dagobert, que voilà deux nuits de suite que nous avons une visite.