— Mais il est seul pour vous deux?
— Et notre mère n'est-elle pas seule pour nous deux?
— Et toi, Dagobert, n'es-tu pas aussi seul pour nous deux?
— C'est juste!… Ah çà, mais savez-vous que je finirai par en être jaloux de ce gaillard-là, moi?
— Tu es notre ami du jour, il est notre ami de nuit.
— Entendons-nous: si vous en parlez le jour et si vous en rêvez la nuit, qu'est-ce qu'il me restera donc à moi?
— Il te restera… tes deux orphelines que tu aimes tant! dit
Rose.
— Et qui n'ont plus que toi au monde, ajouta Blanche d'une voix caressante.
— Hum! hum! c'est ça, câlinez-moi… Allez, mes enfants, ajouta tendrement le soldat, je suis content de mon lot; je vous passe votre Gabriel; j'étais bien sûr que moi et Rabat-Joie nous pouvions dormir tranquillement sur nos oreilles. Du reste, il n'y a rien d'étonnant à ceci: votre premier songe vous a frappées, et, à force d'en jaser, vous l'avez eu de nouveau: aussi vous le verriez une troisième fois, ce bel oiseau de nuit… que je ne m'étonnerais pas.
— Oh! Dagobert, ne plaisante pas, ce sont seulement des rêves, mais il nous semble que notre mère nous les envoie. Ne nous disait-elle pas que les jeunes filles orphelines avaient des anges gardiens?… Eh bien, Gabriel est notre ange gardien, et nous protégera et te protégera aussi.