MM. Ermingot et Godefroy allèrent aux informations; ils surent qu'Eugène Sue devait hériter d'une centaine de mille francs de son grand-père maternel et de quatre à cinq cent mille francs de son père. Ils comprirent qu'ils pouvaient se risquer.

Ils parlèrent de vins qu'ils avaient à vendre dans d'excellentes conditions et sur lesquels il y avait à gagner cent pour cent! Eugène Sue répondit qu'il lui serait agréable d'en acheter pour une certaine somme.

Il reçut, en conséquence, une invitation à déjeuner à Bercy pour lui et un de ses amis.

Il jeta les yeux sur Desforges; Desforges passait pour l'homme rangé de la société, et le docteur Sue avait la plus grande confiance en lui.

On était attendu aux Gros-Marronniers.

Le déjeuner fut splendide; on fit goûter aux deux jeunes gens les vins dont ils venaient faire l'acquisition, et Eugène Sue, sur lequel s'opérait particulièrement la séduction, en fut si content, qu'il en acheta, séance tenante, pour quinze mille francs, que, séance tenante toujours, il régla en lettres de change.

Le vin fut déposé dans une maison tierce, avec faculté pour Eugène Sue de le faire goûter, de le vendre et de faire dessus tels bénéfices qu'il lui conviendrait.

Huit jours après, Eugène Sue revendait à un compère de la maison Ermingot et Godefroy son lot de vins pour la somme de quinze cents francs payés comptant.

On perdait treize mille cinq cents francs sur la spéculation, mais on avait quinze cents francs d'argent frais. C'était de quoi réaliser l'ambition qui, depuis un an, empêchait les deux amis de dormir: un groom, un cheval et un cabriolet.

Comment, demandera le lecteur, peut-on avoir, avec quinze cents francs, un groom, un cheval et un cabriolet?