— La Mort… ici… la Mort!

La nuit était profondément obscure, Dagobert n'aperçut pas Goliath, qui, rampant avec précaution le long du toit recouvert en tuiles, rentrait dans le grenier par la fenêtre de la mansarde.

Bientôt la porte de la cour s'ouvrit de nouveau; le maître de l'auberge parut, suivi de plusieurs hommes; armé d'une carabine, il s'avançait avec précaution; ses gens portaient des fourches et des bâtons.

— Que se passe-t-il donc? dit-il en s'approchant de Dagobert, quel trouble dans mon auberge!… Au diable les montreurs de bêtes et les négligents qui ne savent pas attacher le licou d'un cheval à la mangeoire… Si votre bête est blessée… tant pis pour vous, il fallait être plus soigneux.

Au lieu de répondre à ces reproches, le soldat, écoutant toujours ce qui se passait en dedans du hangar, fit un geste de la main pour réclamer le silence. Tout à coup on entendit un éclat de rugissement féroce, suivi d'un grand cri du Prophète, et presque aussitôt la panthère hurla d'une façon lamentable…

— Vous êtes sans doute la cause d'un malheur, dit au soldat l'hôte effrayé; avez-vous entendu? quel cri!… Morok est peut- être dangereusement blessé.

Dagobert allait répondre à l'hôte lorsque la porte s'ouvrit;
Goliath parut sur le seuil et dit:

— On peut entrer, il n'y a plus de danger. L'intérieur de la ménagerie offrait un spectacle sinistre. Le Prophète, pâle, pouvant à peine dissimuler son émotion sous son calme apparent, était agenouillé à quelques pas de la cage de la panthère, dans une attitude recueillie: au mouvement de ses lèvres on devinait qu'il priait. À la vue de l'hôte et des gens de l'auberge, Morok se releva en disant d'une voix solennelle:

— Merci, mon Dieu! d'avoir pu vaincre encore une fois par la force que vous m'avez donnée.

Alors, croisant ses bras sur sa poitrine, le front altier, le regard impérieux, il sembla jouir du triomphe qu'il venait de remporter sur la Mort, qui, étendue au fond de sa loge, poussait encore des hurlements plaintifs. Les spectateurs de cette scène, ignorant que la pelisse du dompteur de bêtes cachât une armure complète, attribuant les cris de la panthère à la crainte, restèrent frappés d'étonnement et d'admiration devant l'intrépidité et le pouvoir surnaturel de cet homme.