— C'est juste! dit un des assistants.
— Il aura fallu la vue du cheval pour rendre la panthère furieuse et lui faire briser sa cage, reprit un autre.
— C'est plutôt le Prophète qui doit se plaindre, dit un troisième.
— Peu importent ces avis divers, reprit Dagobert, dont la patience commençait à se lasser; je dis, moi, qu'il me faut à l'instant de l'argent ou un cheval; oui, à l'instant, car je veux quitter cette auberge de malheur.
— Et je dis, moi, que c'est vous qui allez m'indemniser, s'écria Morok, qui sans doute ménageait ce coup de théâtre pour la fin, car il montra sa main gauche ensanglantée, jusqu'alors cachée dans la manche de sa pelisse. Je serai peut-être estropié pour ma vie, ajouta-t-il. Voyez, quelle blessure la panthère m'a faite!
Sans avoir la gravité que lui attribuait le Prophète, cette blessure était assez profonde. Ce dernier argument lui concilia la sympathie générale. Comptant sans doute sur cet incident pour décider d'une cause qu'il regardait comme sienne, l'hôtelier dit au garçon d'écurie:
— Il n'y a qu'un moyen d'en finir… c'est d'aller tout de suite éveiller M. le bourgmestre, et de le prier de venir ici; il décidera qui a tort ou raison.
— J'allais vous le proposer, dit le soldat; car après tout, je ne peux pas me faire justice moi-même.
— Fritz, cours chez M. le bourgmestre, dit l'hôte.
Le garçon partit précipitamment. Son maître, craignant d'être compromis par l'interrogatoire du soldat, auquel il avait la veille négligé de demander ses papiers, lui dit: