— Oui, nous allons parler de mes papiers… mais je vous en supplie, monsieur le bourgmestre, ayez pitié de ces deux enfants qui sont là… Faites que nous puissions continuer notre voyage… et…
— J'ai fait tout ce que je peux faire… plus même peut-être que je n'aurais dû… Encore une fois, vos papiers?
— D'abord il faut que je vous explique…
— Pas d'explication… vos papiers… Préférez-vous que je vous fasse arrêter comme vagabond?
— Moi!… m'arrêter!…
— Je veux dire que si vous refusiez de me donner vos papiers, ce serait comme si vous n'en aviez pas… Or, les gens qui n'en ont pas, on les arrête jusqu'à ce que l'autorité ait décidé sur eux… Voyons vos papiers… Finissons, j'ai hâte de retourner chez moi.
La position de Dagobert devenait d'autant plus accablante, qu'un moment il s'était laissé entraîner à un vif espoir. Ce fut un dernier coup à ajouter à ce que le vétéran souffrait depuis le commencement de cette scène; épreuve aussi cruelle que dangereuse pour un homme de cette trempe, d'un caractère droit, mais entier; loyal, mais rude et absolu; pour un homme, enfin, qui, longtemps soldat, et soldat victorieux, s'était malgré lui habitué envers le _bourgeois _à de certaines formules singulièrement despotiques.
À ces mots: _Vos papiers! _Dagobert devint très pâle, mais il tâcha de cacher ses angoisses sous un air d'assurance qu'il croyait propre à donner au magistrat une bonne opinion de lui.
— En deux mots, monsieur le bourgmestre, je vais vous dire la chose… Rien n'est plus simple… Ça peut arriver à tout le monde… Je n'ai pas l'air d'un mendiant ou d'un vagabond, n'est- ce pas? Et puis enfin… vous comprenez qu'un honnête homme qui voyage avec deux jeunes filles…
— Que de paroles!… Vos papiers?