Guidés par la lumière, ils accoururent dans la chambre des orphelines, alors déserte. Morok vit les draps flotter au dehors, il s'écria:

— Monsieur le bourgmestre… c'est par la fenêtre qu'ils se sont sauvés; ils sont à pied… par cette nuit orageuse et noire, ils ne peuvent être loin.

— Sans doute… nous les rattraperons… Misérables vagabonds!… Oh!… je me vengerai… Vite, Morok… il y va de ton honneur et du mien…

— De mon honneur!… Il y va de plus que cela pour moi, monsieur le bourgmestre, répondit le prophète d'un ton courroucé; puis, descendant rapidement l'escalier, il ouvrit la porte de la cour, et s'écria d'une voix retentissante:

— Goliath, déchaîne les chiens!… et vous, l'hôte, des lanternes, des perches… Armez vos gens… faites ouvrir les portes! Courons après les fugitifs; ils ne peuvent nous échapper… il nous les faut… morts ou vifs.

Deuxième partie
La rue du Milieu-des-Ursins

I. Les messagers.[1]

Morok, le dompteur de bêtes, voyant Dagobert privé de son cheval, dépouillé de ses papiers, de son argent, et le croyant ainsi hors d'état de continuer sa route, avait, avant l'arrivée du bourgmestre, envoyé Karl à Leipzig, porteur d'une lettre que celui-ci devait immédiatement mettre à la poste.

L'adresse de cette lettre était ainsi conçue:

À monsieur Rodin, rue du Milieu-des-Ursins, n° 11 à Paris.