* * * *
Pendant quelques moments, les trois Étrangleurs avaient gardé un profond silence.
Au dehors, la lune jetait toujours de grandes lumières blanches et de grandes ombres bleuâtres sur la masse imposante des ruines; les étoiles scintillaient au ciel; de temps à autre, une faible brise faisait bruire les feuilles épaisses et vernissées des bananiers et des palmiers.
Le piédestal de la statue gigantesque qui, entièrement conservée, s'élevait à gauche du portique, reposait sur de larges dalles, à moitié cachées sous les broussailles.
Tout à coup une de ces dalles parut s'abîmer. De l'excavation qui se forma sans bruit, un homme, vêtu d'un uniforme, sortit à mi- corps, regarda attentivement autour de lui… et prêta l'oreille.
Voyant la lueur de la lampe qui éclairait l'intérieur de la masure trembler sur les grandes herbes, il se retourna, fit un signe, et bientôt lui et deux autres soldats gravirent, avec le plus grand silence et les plus grandes précautions, les dernières marches de cet escalier souterrain, et se glissèrent à travers les ruines.
Pendant quelques moments, leurs ombres mouvantes se projetèrent sur les parties du sol éclairées par la lune, puis ils disparurent derrière des pans de murs dégradés.
Au moment où la dalle épaisse reprit sa place et son niveau, on aurait pu voir la tête de plusieurs autres soldats embusqués dans cette excavation.
Le métis, l'Indien et le nègre, toujours pensifs dans la masure ne s'étaient aperçus de rien.
VI. L'embuscade.