— Alors… Bohwanie décidera de son sort, dit Faringhea d'un air sombre. J'ai mon projet…
— Mais le Malais réussira-t-il à surprendre Djalma pendant son sommeil! dit le nègre.
— Il n'est personne de plus hardi, de plus agile, de plus adroit que le Malais, dit Faringhea. Il a eu l'audace d'aller surprendre dans son repaire une panthère noire qui allaitait!… il a tué la mère et a enlevé la petite femelle, qu'il a plus tard vendue à un capitaine de navire européen.
— Le Malais a réussi! s'écria l'Indien en prêtant l'oreille à un cri singulier qui retentit dans le profond silence de la nuit et des bois.
— Oui, c'est le cri du vautour emportant sa proie, dit le nègre en écoutant à son tour, c'est le signal par lequel nos frères annoncent aussi qu'ils ont saisi leur proie.
Peu de temps après, le Malais paraissait à la porte de la hutte. Il était drapé dans une grande pièce de coton rayée de couleurs tranchantes.
— Eh bien! dit le nègre avec inquiétude, as-tu réussi!
— Djalma portera toute sa vie le signe de la _bonne oeuvre, _dit le Malais avec orgueil. Pour parvenir jusqu'à lui… j'ai dû offrir à Bohwanie un homme qui se trouvait sur mon passage; j'ai laissé le corps sous des broussailles près de l'ajoupa. Mais Djalma… porte notre signe. Mahal le contrebandier l'a su le premier.
— Et Djalma ne s'est pas réveillé!… dit l'Indien, confondu de l'adresse du Malais.
— S'il s'était réveillé, répondit celui-ci avec calme, j'étais mort… puisque je devais épargner sa vie.