Pendant que le régisseur était allé sur le bord de la mer pour porter secours à ceux des passagers qui auraient pu échapper à un naufrage inévitable, M. Rodin, conduit par Catherine à la chambre verte, y avait pris les objets qu'il devait rapporter à Paris.

Après deux heures passées dans cette chambre, fort indifférent au sauvetage qui préoccupait les habitants du château, Rodin revint dans la pièce occupée par le régisseur, pièce qui aboutissait à une longue galerie.

Lorsqu'il y entra, il n'y trouva personne; il tenait sous son bras une petite cassette de bois des îles, garnie de fermoirs en argent noircis par les années. Sa redingote, à demi boutonnée, laissait voir la partie supérieure d'un grand portefeuille de maroquin rouge placé dans sa poche de côté. M. Rodin demeura pensif pendant quelques minutes; l'entrée de Mme Dupont, qui s'occupait avec zèle de tous les préparatifs de secours, l'interrompit dans ses réflexions.

— Maintenant, dit Mme Dupont à une servante, faites du feu dans la pièce voisine, mettez là ce vin chaud: M. Dupont peut rentrer d'un moment à l'autre.

— Eh bien, ma chère madame, lui dit Rodin, espère-t-on sauver quelqu'un de ces malheureux?

— Hélas! monsieur… je l'ignore; voilà près de deux heures que mon mari est parti… Je suis dans une inquiétude mortelle; il est si courageux, si imprudent, une fois qu'il s'agit d'être utile…

— Courageux… jusqu'à l'imprudence, se dit Rodin avec impatience… Je n'aime pas cela.

— Enfin, reprit Catherine, je viens de faire mettre ici à côté du linge bien chaud… des cordiaux… Pourvu que cela, mon Dieu! serve à quelque chose!

— Il faut toujours l'espérer, ma chère madame. J'ai bien regretté que mon âge, ma faiblesse, ne m'aient pas permis de me joindre à votre excellent mari… Je regrette aussi de ne pouvoir attendre pour savoir l'issue de ses efforts, et l'en féliciter s'ils sont heureux… car je suis malheureusement forcé de repartir… mes moments sont comptés. Je vous serai très obligé de faire atteler mon cabriolet.

— Oui, monsieur… j'y vais aller.