— Quel autre que vous serait venu à notre secours et à celui de notre vieil ami?…

— Nous lui disions bien que vous l'aimeriez parce qu'il nous aimait, lui qui ne voulait pas croire aux anges.

— Aussi, ce matin, pendant la tempête, nous n'avions presque pas peur.

— Nous vous attendions.

— Ce matin, oui, mes soeurs, Dieu m'a accordé la grâce de m'envoyer à votre secours; j'arrivais d'Amérique, mais je n'ai jamais été à Leipzig… Ce n'est donc pas moi qui vous ai fait sortir de prison… Dites-moi, mes soeurs, ajouta-t-il en souriant avec bonté, pour qui me prenez-vous?

— Pour un bon ange que nous avons déjà vu en rêve et que notre mère a envoyé du ciel pour nous protéger.

— Mes chères soeurs, je ne suis qu'un pauvre prêtre… Le hasard fait que je ressemble sans doute à l'ange que vous avez vu en songe et que vous ne pouviez voir qu'en rêve… car il n'y a pas d'ange visible pour nous.

— Il n'y a pas d'anges visibles! dirent les orphelines en se regardant avec tristesse.

— Il n'importe, mes chères soeurs, dit Gabriel en prenant affectueusement les mains des jeunes filles entre les siennes, les rêves… comme toute chose… viennent de Dieu… Puisque le souvenir de votre mère était mêlé à ce rêve… bénissez-le doublement.

À ce moment une porte s'ouvrit et Dagobert parut. Jusqu'alors, les orphelines, dans leur ambition naïve d'être protégées par un archange, ne s'étaient pas rappelé que la femme de Dagobert avait adopté un enfant abandonné qui s'appelait Gabriel et qui était prêtre et missionnaire.