En effet, un chant plein, sonore et joyeux, retentit dans l'escalier.

— Qu'il ne me voie pas pleurer, au moins, dit la bonne mère en essuyant ses yeux remplis de larmes, il n'a que cette heure de repos et de tranquillité après son travail… que je ne la lui rende pas du moins pénible.

III. Agricol Baudoin.

Le poète forgeron était un grand garçon de vingt-quatre ans environ, alerte et robuste, au teint hâlé, aux cheveux et aux yeux noirs, au nez aquilin, à la physionomie hardie, expressive et ouverte; sa ressemblance avec Dagobert était d'autant plus frappante qu'il portait, selon la mode d'alors, une épaisse moustache brune, et que sa barbe, taillée en pointe, lui couvrait le menton; ses joues étaient d'ailleurs rasées depuis l'angle de la mâchoire jusqu'aux tempes; un pantalon de velours olive, une blouse bleue bronzée à la fumée de la forge, une cravate négligemment nouée autour de son cou nerveux, une casquette de drap à courte visière, tel était le costume d'Agricol; la seule chose qui contrastât singulièrement avec ces habits de travail était une magnifique et large fleur d'un pourpre foncé, à pistils d'un blanc d'argent, que le forgeron tenait à la main.

— Bonsoir, bonne mère, dit-il en entrant et en allant aussitôt embrasser Françoise.

Puis, faisant un signe de tête amical à la jeune fille, il ajouta:

— Bonsoir, ma petite Mayeux.

— Il me semble que tu es bien en retard, mon enfant, dit Françoise en se dirigeant vers le petit poêle où était le modeste repas de son fils; je commençais à m'inquiéter…

— À t'inquiéter pour moi… ou pour mon souper, chère mère, dit Agricol. Diable!… c'est que tu ne me pardonnerais pas de faire attendre le bon petit repas que tu me prépares, et cela dans la crainte qu'il fût moins bon… Gourmande… va!

Et ce disant, le forgeron voulut encore embrasser sa mère.