Et s'élançant vers la porte, il ouvrit. Dagobert, tenant Rose et Blanche par la main, parut sur le seuil… Au lieu de se jeter dans les bras de son mari… Françoise tomba à genoux… et pria. Élevant son âme à Dieu, elle le remerciait avec une profonde gratitude d'avoir exaucé ses voeux, ses prières, et ainsi récompensé ses offrandes. Pendant une seconde, les auteurs de cette scène restèrent silencieux, immobiles. Agricol, par un sentiment de respect et de délicatesse qui luttait à grand'peine contre l'impétueux élan de sa tendresse, n'osait pas se jeter au cou de Dagobert: il attendait avec une impatience à peine contenue que sa mère eût terminé sa prière.
Le soldat éprouvait le même sentiment que le forgeron; tous deux se comprirent: le premier regard que le père et le fils échangèrent exprima leur tendresse, leur vénération pour cette excellente femme, qui, dans la préoccupation de sa religieuse ferveur, oubliait un peu trop la créature pour le Créateur.
Rose et Blanche, interdites, émues, regardaient avec intérêt cette femme agenouillée, tandis que la Mayeux, versant silencieusement des larmes de joie à la pensée du bonheur d'Agricol, se retirait dans le coin le plus obscur de la chambre, se sentant étrangère et nécessairement oubliée au milieu de cette réunion de famille.
Françoise se releva et fit un pas vers son mari, qui la reçut dans ses bras. Il y eut un moment de silence solennel. Dagobert et Françoise ne se dirent pas un mot; on entendit quelques soupirs entrecoupés de sanglots, d'aspirations de joie… Et lorsque les deux vieillards redressèrent la tête, leur physionomie était calme, radieuse, sereine… car la satisfaction complète des sentiments simples et purs ne laisse jamais après soi une agitation fébrile et violente.
— Mes enfants, dit le soldat d'une voix émue, en montrant aux orphelines Françoise, qui, sa première émotion passée, les regardait avec étonnement, c'est ma bonne et digne femme… Elle sera pour les filles du général Simon ce que j'ai été moi-même…
— Alors, madame, vous nous traiterez comme vos enfants, dit Rose en s'approchant de Françoise avec sa soeur.
— Les filles du général Simon!… s'écria la femme de Dagobert, de plus en plus surprise.
— Oui, ma bonne Françoise, ce sont elles… et je les amène de loin… non sans peine… Je te conterai tout cela plus tard.
— Pauvres petites… on dirait deux anges tout pareils, dit Françoise en contemplant les orphelines avec autant d'intérêt que d'admiration.
— Maintenant… à nous deux… dit Dagobert en se retournant vers son fils.