— Ah çà! lui dit-il, pauvre fille, tu regrettes donc de ne plus pouvoir faire le métier?

— Quelquefois, dit la fille en regardant entre ses doigts, quand je vois un beau garçon comme toi.

Eugène Sue va aux bougies et les souffle.

Puis, s'en allant, il laisse deux louis sur la cheminée.

Il avait fait double aumône, et il donnait cette anecdote comme une preuve de sa corruption.

En 1834, Eugène Sue fit paraître les premières livraisons de son _Histoire de la marine française, _un de ses plus mauvais ouvrages.

Le libraire n'acheva pas la publication.

Eugène Sue, par la nature de son talent, ne pouvait réussir ni dans l'histoire, ni dans le roman historique. _Jean Cavalier _est un livre médiocre, et c'est cependant le plus important de ses ouvrages historiques. _Le Morne au diable, _moins long, est infiniment meilleur; quoique la fable du duc de Monmouth, si bossu que le bourreau s'y reprit à trois ou quatre fois pour lui couper la tête, soit inadmissible.

En sept ou huit ans, il publia successivement, mais sans succès réel, Deleytar, Le Marquis de Létorières, Hercule Hardy, Le Colonel Surville, Le Commandeur de Malte, Paula Monti.

Pendant ce temps, Sue avait mené la vie de grand seigneur. Il avait, rue de la Pépinière, une charmante maison encombrée de merveilles et qui n'avait qu'un défaut: c'était de ressembler à un cabinet de curiosités; il avait trois domestiques, trois chevaux, trois voitures; tout cela tenu à l'anglaise; il avait les plus ruineuses de toutes les maîtresses, des femmes du monde; il avait une argenterie que l'on estimait cent mille francs; il donnait d'excellents dîners, et se passait enfin tous ses caprices, ce qui était d'autant plus facile que, lorsqu'il manquait d'argent, il écrivait à son notaire: «Envoyez-moi trois mille, cinq mille, dix mille francs» et que son notaire les lui envoyait.