Il fit, ou plutôt ne fit pas ses études au collège Bourbon; car, ainsi que tous les hommes qui doivent conquérir dans les lettres un nom original et une position éminente, Eugène Sue fut un exécrable écolier.
Son père, médecin de dames surtout, faisait un cours d'histoire naturelle à l'usage des gens du monde; il s'était remarié trois fois, et était riche de deux millions, à peu près.
Il demeurait rue du Rempart, rue qui a disparu depuis, et qui était située alors derrière la Madeleine.
Tout ce quartier était occupé par des chantiers; le terrain n'y valait pas le dixième de ce qu'il vaut aujourd'hui. M. Sue y possédait une belle maison, avec un magnifique jardin.
Dans la même maison que M. Sue, demeurait sa soeur, mère de Ferdinand Langlé, qui, en collaboration avec Villeneuve, a fait, de 1822 à 1830, une cinquantaine de vaudevilles.
En 1817 et 1818, les deux cousins allaient ensemble au collège Bourbon, c'est-à-dire que Ferdinand y allait, et que le futur auteur de _Mathilde _était censé y aller.
Eugène avait un répétiteur à domicile. J'ai encore connu ce brave homme: c'était un digne Auvergnat de cinq pieds de haut, qui, étant entré pour faire répéter Eugène Sue, et tenant à gagner honnêtement son argent, n'hésitait pas à soutenir des luttes corps à corps avec son élève, qui avait la tête de plus que lui.
Ordinairement, lorsqu'une de ces luttes menaçait, Eugène Sue prenait la fuite, mais, comme Horace, pour être poursuivi et vaincre son vainqueur.
Le père Delteil — c'est ainsi que se nommait le digne répétiteur — se laissait constamment prendre à cette manoeuvre stratégique, si simple qu'elle fût.
Eugène fuyait au jardin, le répétiteur l'y suivait; mais, arrivé là, l'écolier rebelle se trouvait à la fois au milieu d'un arsenal d'armes offensives et défensives.