— S'il est malheureux… je le connais… Mon protégé pour qui je vous demande l'appui du ministre m'était aussi à peu près inconnu… et maintenant je m'y intéresse on ne peut plus vivement; car, puisqu'il faut vous le dire, mon protégé est le fils de ce digne soldat qui a ramené ici, du fond de la Sibérie, les filles du maréchal Simon.
— Comment!… votre protégé est…
— Un brave artisan… le soutien de sa famille… Mais je dois tout vous dire… voici comment les choses se sont passées…
La confidence qu'Adrienne allait faire au docteur fut interrompue par Mme de Saint-Dizier, qui, suivie de M. d'Aigrigny, ouvrit violemment la porte de son cabinet. On lisait sur la physionomie de la princesse une expression de joie infernale, à peine dissimulée par un faux semblant d'indignation courroucée.
M. d'Aigrigny, entrant dans le cabinet, avait jeté rapidement un regard interrogatif et inquiet au docteur Baleinier. Celui-ci répondit par un mouvement de tête négatif. L'abbé se mordit les lèvres de rage muette; ayant mis ses dernières espérances dans le docteur, il dut considérer ses projets comme à jamais ruinés, malgré le nouveau coup que la princesse allait porter à Adrienne.
— Messieurs, dit Mme de Saint-Dizier d'une voix brève, précipitée, car elle suffoquait de satisfaction méchante, messieurs, veuillez prendre place… j'ai de nouvelles et curieuses choses à vous apprendre au sujet de cette demoiselle.
Et elle désigna sa nièce d'un regard de haine et de mépris impossible à rendre.
— Allons… ma pauvre enfant, qu'y a-t-il? que vous veut-on encore? dit M. Baleinier d'un ton patelin avant de quitter la fenêtre où il se tenait à côté d'Adrienne; quoi qu'il arrive, comptez toujours sur moi.
Et ce disant, le médecin alla prendre place à côté de
M. d'Aigrigny et de M. Tripeaud.
À l'insolente apostrophe de sa tante, Mlle de Cardoville avait fièrement redressé la tête… La rougeur lui monta au front; impatientée, irritée des nouvelles attaques dont on la menaçait, elle s'avança vers la table où la princesse était assise, et dit d'une voix émue à M. Baleinier: