— M. l'abbé Dubois n'est pas encore entré en boîte, dépêchez- vous, vous aurez l'étrenne de sa barbe…

Françoise, blessée de cette plaisanterie, remercia l'irrévérencieux sacristain, se signa dévotement, fit quelques pas dans l'église et se mit à genoux sur la dalle pour faire sa prière, qu'elle faisait toujours avant d'approcher du tribunal de la pénitence. Cette prière dite, elle se dirigea vers un renfoncement obscur où se voyait noyé dans l'ombre un confessionnal de chêne, dont la porte à claire-voie était intérieurement garnie d'un rideau noir. Les deux places de droite et de gauche se trouvaient vacantes; Françoise s'agenouilla du côté droit et resta quelque temps plongée dans les réflexions les plus amères. Au bout de quelques minutes, un prêtre de haute taille et à cheveux gris, d'une physionomie grave et sévère, portant une longue soutane noire, s'avança du fond de l'un des bas-côtés de l'église. Un vieux petit homme voûté, mal vêtu, s'appuyant sur un parapluie, l'accompagnait, lui parlant quelquefois bas à l'oreille; alors le prêtre s'arrêtait pour l'écouter avec une profonde et respectueuse déférence. Lorsqu'ils furent auprès du confessionnal, le vieux petit homme, ayant aperçu Françoise agenouillée, regarda le prêtre d'un air interrogatif.

— C'est elle… dit ce dernier.

— Ainsi, dans deux ou trois heures, on attendra les deux jeunes filles au couvent de Sainte-Marie… j'y compte, dit le vieux jeune homme.

— Je l'espère pour leur salut, répondit gravement le prêtre en s'inclinant. Il entra dans le confessionnal.

Le vieux petit homme quitta l'église. Ce vieux petit homme était Rodin; c'est en sortant de Saint-Merri qu'il s'était rendu dans la maison de santé, afin de s'assurer que le docteur Baleinier exécutait fidèlement ses instructions à l'égard d'Adrienne de Cardoville.

Françoise était toujours agenouillée dans l'intérieur du confessionnal; une des chatières latérales s'ouvrit, et une voix parla. Cette voix était celle du prêtre qui, depuis vingt ans, confessait la femme de Dagobert, et avait sur elle une influence irrésistible et toute-puissante.

— Vous avez reçu ma lettre? dit la voix.

— Oui, mon père.

— C'est bien… je vous écoute…