— Je vous en supplie, mon père, dites-moi si j'ai le droit de disposer d'elles sans l'aveu de mon mari?

— Le droit! mais il ne s'agit pas seulement de droit; il s'agit pour vous d'un devoir sacré. Ce serait, n'est-ce pas, votre devoir d'arracher ces infortunées du milieu d'un incendie, malgré la défense de votre mari ou en son absence? Eh bien, ce n'est pas d'un incendie qui ne brûle que le corps que vous devez les arracher… c'est d'un incendie où leur âme brûlerait pour l'éternité.

— Excusez-moi, je vous en supplie, si j'insiste, mon père, dit la pauvre femme, dont l'indécision et les angoisses augmentaient à chaque minute, éclairez-moi dans mes doutes… puis-je agir ainsi après avoir juré obéissance à mon mari?

— Obéissance pour le bien… oui… pour le mal, jamais! et vous convenez vous-même que, grâce à lui, le salut de ces orphelines serait compromis, impossible peut-être.

— Mais, mon père, dit Françoise en tremblant, lorsqu'il va être de retour, mon mari me demandera où sont ces enfants… Il me faudra donc lui mentir?

— Le silence n'est pas un mensonge, vous lui direz que vous ne pouvez répondre à sa question.

— Mon mari est le meilleur des hommes; mais une telle réponse le mettra hors de lui… il a été soldat… et sa colère sera terrible… mon père, dit Françoise, en frémissant à cette pensée.

— Et sa colère serait cent fois plus terrible encore, que vous devriez la braver, vous glorifier de la subir pour une si sainte cause! s'écria la voix avec indignation. Croyez-vous donc que l'on fasse si facilement son salut sur cette terre?… Et depuis quand le pécheur qui veut sincèrement servir le Seigneur songe-t-il aux pierres et aux épines où il peut se meurtrir et se déchirer?

— Pardon, mon père… pardon, dit Françoise avec une résignation accablante. Permettez-moi encore une question, une seule! Hélas! si vous ne me guidez… qui me guidera?

— Parlez.