— Notre parente, madame? dit Rose de plus en plus étonnée.
— Mais certainement; elle a su votre arrivée ici; mais comme elle est encore souffrante d'une assez longue maladie, elle n'a pu venir elle-même aujourd'hui et m'a chargée de venir vous prendre pour vous conduire auprès d'elle… Malheureusement, ajouta Mme Grivois remarquant un mouvement des deux soeurs, ainsi qu'elle le dit dans sa lettre à Mme Françoise, vous ne pourrez la voir que bien peu de temps… et dans une heure vous serez de retour ici; mais demain ou après, elle sera en état de sortir et de venir s'entendre avec madame et son mari, afin de vous emmener chez elle… car elle serait désolée que vous fussiez à charge à des personnes qui ont été si bonnes pour vous.
Ces derniers mots de Mme Grivois firent une excellente impression sur les deux soeurs; ils dissipèrent leur crainte d'être désormais l'occasion d'une gêne cruelle pour la famille de Dagobert. S'il s'était agi de quitter tout à fait la maison de la rue Brise-Miche sans l'assentiment de leur ami, elles auraient sans doute hésité; mais Mme Grivois parlait seulement d'une visite d'une heure… Elles ne conçurent donc aucun soupçon, et Rose dit à Françoise:
— Nous pouvons aller voir notre parente sans attendre le retour de Dagobert pour l'en prévenir, n'est-ce pas, madame?
— Sans doute, dit Françoise d'une voix faible, puisque vous serez de retour tout à l'heure.
— Maintenant… madame… je prierai ces chères demoiselles de vouloir bien m'accompagner le plus tôt possible… car je voudrais les ramener ici avant midi.
— Nous sommes prêtes, madame, dit Rose.
— Eh bien! mesdemoiselles, embrassez votre seconde mère, et venez, dit Mme Grivois, qui contenait à peine son inquiétude, tremblant que Dagobert n'arrivât d'un moment à l'autre.
Rose et Blanche embrassèrent Françoise, qui, serrant entre ses bras les deux charmantes et innocentes créatures qu'elle livrait, eut peine à retenir ses larmes, quoiqu'elle eût la conviction profonde d'agir pour leur salut.
— Allons, mesdemoiselles, dit Mme Grivois d'un ton affable, dépêchons-nous; pardonnez mon impatience, mais c'est au nom de votre parente que je vous parle.