— Vous me remerciez? dit la Mayeux étonnée de voir de grosses larmes rouler dans les yeux de Florine.

— Oui… je vous dois un moment de bonheur… pur et sans mélange; car j'aurai peut-être rendu un service à ma chère maîtresse sans risquer d'augmenter les chagrins qui m'accablent déjà…

— Vous, malheureuse!

— Cela vous étonne? pourtant, croyez-moi, quel que soit votre sort, je le changerais pour le mien, s'écria Florine presque involontairement.

— Hélas! mademoiselle, dit la Mayeux, vous paraissez avoir un trop bon coeur pour que je vous laisse former un pareil voeu, surtout aujourd'hui…

— Que voulez-vous dire?

— Ah! je l'espère bien sincèrement pour vous, mademoiselle, reprit la Mayeux avec amertume, jamais vous ne saurez ce qu'il y a d'affreux à se voir privé de travail lorsque le travail est votre unique ressource.

— En êtes-vous réduite là? mon Dieu!… s'écria Florine en regardant la Mayeux avec anxiété.

La jeune ouvrière baissa la tête et ne répondit rien; son excessive fierté se reprochait presque cette confidence, qui ressemblait à une plainte, et qui lui était échappée en songeant à l'horreur de sa position.

— S'il en était ainsi, reprit Florine, je vous plains du plus profond de mon coeur… et cependant je ne sais si mon infortune n'est pas plus grande encore que la vôtre.