— Oui, mademoiselle, répondit l'ouvrière avec un triste sourire, c'est le sobriquet que tout le monde me donne… et tenez, ajouta la Mayeux, ne pouvant retenir une larme, c'est aussi à cause de mon infirmité ridicule, à laquelle ce sobriquet fait allusion, que je crains d'aller en journée chez des étrangers… il y a tant de gens qui vous raillent… sans savoir combien ils vous blessent!… Mais, reprit la Mayeux en essuyant une larme, je n'ai pas à choisir, je me résignerai…

Florine, péniblement émue, prit la main de la Mayeux et lui dit:

— Rassurez-vous, il est des infortunes si touchantes qu'elles inspirent la compassion et non la raillerie. Je ne puis donc vous demander sous votre véritable nom?

— Je me nomme Madeleine Soliveau mais, je vous le répète, mademoiselle, demandez la Mayeux, car on ne me connaît guère que sous ce nom-là.

— Je serai donc demain à midi rue Brise-Miche.

— Ah! mademoiselle, comment jamais reconnaître vos bontés?

— Ne parlons pas de cela; tout mon désir est que mon entremise puisse vous être utile… ce dont vous seule jugerez. Quant à Agricol, ne lui répondez pas; attendez qu'il soit sorti de prison, et dites-lui alors, je vous le répète, que ses révélations doivent être secrètes jusqu'au moment où il pourra voir ma pauvre maîtresse…

— Et où est-elle à cette heure, cette chère demoiselle?

— Je l'ignore… Je ne sais pas où on l'a conduite lorsque son accès s'est déclaré. Ainsi, à demain; attendez-moi.

— À demain, dit la Mayeux. Le lecteur n'a pas oublié que le couvent de Sainte-Marie, où Florine devait conduire la Mayeux, renfermait les filles du maréchal Simon, et était voisin de la maison de santé du docteur Baleinier, où se trouvait Adrienne de Cardoville.