— C'est absurde… puisque vous lui répondez de sa moralité et que vous trouvez ce mariage convenable.
— Du reste, j'ai fait remarquer à Mlle Baudricourt que jusqu'à présent je n'avais employé envers elle que des moyens de douceur et de persuasion; mais que si elle m'y forçait, je serais obligée, malgré moi, et dans son intérêt même, d'agir avec rigueur pour vaincre son opiniâtreté, de la séparer de ses compagnes, de la mettre en cellule, au secret le plus rigoureux, jusqu'à ce qu'elle se décide, après tout, à être heureuse… et à épouser un homme honorable…
— Et ces menaces, ma chère mère?…
— Auront, je l'espère, un bon résultat. Elle avait dans sa province une correspondance avec une ancienne amie de pension… j'ai supprimé cette correspondance, qui m'a paru dangereuse; elle est donc maintenant sous ma seule influence… et j'espère que nous arriverons à nos fins. Mais, vous le voyez, ma chère fille, ce n'est jamais sans peine, sans traverses, que l'on parvient à faire le bien.
— Aussi je suis certaine que M. de Brisville ne s'en tiendra pas à sa première promesse, et je me porte caution pour lui que s'il épouse Mlle Baudricourt…
— Vous savez, ma chère fille, dit la supérieure en interrompant la princesse, que s'il s'agissait de moi, je refuserais; mais donner à l'oeuvre, c'est donner à Dieu, et je ne puis empêcher M. de Brisville d'augmenter la somme de ses bonnes oeuvres. Et puis, il nous arrive quelque chose de déplorable…
— De quoi s'agit-il donc, ma chère mère?
— Le Sacré-Coeur nous dispute et nous surenchérit un immeuble tout à fait à notre convenance… En vérité, il y a des gens insatiables; je m'en suis, du reste, expliquée très vertement avec la supérieure.
— Elle m'a dit, en effet, et a rejeté la faute sur l'économe, répondit Mme de Saint-Dizier.
— Ah!… vous la voyez donc, ma chère fille? demanda la supérieure, qui parut assez vivement surprise.