— Ma chère fille, dit la mère Sainte-Perpétue d'une voix affectueuse, Florine m'a dit dans quelle cruelle situation vous vous trouviez… Il est donc vrai… vous manquez absolument de travail?
— Hélas! oui, madame.
— Appelez-moi, votre mère… ma chère fille; ce nom est plus doux… et c'est la règle de cette maison… Je n'ai pas besoin de vous demander quels sont vos principes?
— J'ai toujours vécu honnêtement de mon travail… ma mère, répondit la Mayeux avec une simplicité à la fois digne et modeste.
— Je vous crois, ma chère fille, et j'ai de bonnes raisons pour vous croire… Il faut remercier le Seigneur de vous avoir mise à l'abri de bien des tentations… mais, dites-moi, êtes-vous habile dans votre état?
— Je fais de mon mieux ma mère; l'on a toujours été satisfait de mon travail… Si vous désirez d'ailleurs me mettre à l'oeuvre, vous en jugerez.
— Votre affirmation me suffit, ma chère fille… Vous préférez, n'est-ce pas, aller travailler en journée?
— Mlle Florine m'a dit, ma mère, que je ne pouvais espérer avoir de travail chez moi.
— Pour l'instant, non, ma fille; si plus tard l'occasion se présentait… j'y songerais… Quant à présent, voici ce que je peux vous offrir: une vieille dame très respectable m'a fait demander une ouvrière à la journée; présentée par moi, vous lui conviendrez; l'oeuvre se chargera de vous vêtir comme il faut, peu à peu l'on retiendra ce déboursé sur votre salaire, car c'est avec nous que vous compterez… Ce salaire est de deux francs par jour… Vous paraît-il suffisant?
— Ah! ma mère… c'est bien au-delà de ce que je pouvais espérer.