— Elles, vos parentes, mademoiselle?

— Sans doute… Aussi, ne pouvant faire plus, j'avais tâché de leur exprimer par signes combien leur sort me touchait; leurs larmes, l'altération de leurs charmants visages, me disaient assez qu'elles étaient prisonnières dans le couvent comme je le suis moi-même dans cette maison.

— Ah! je comprends, mademoiselle, victime de l'animosité de votre famille, peut-être?…

— Quel que soit mon sort je suis bien moins à plaindre que ces deux enfants… dont le désespoir est alarmant… Leur séparation est surtout ce qui les accable davantage; d'après quelques mots que l'une d'elles m'a dits tout à l'heure, je vois qu'elles sont comme moi victimes d'une odieuse machination… Mais, grâce à vous… il sera possible de les sauver. Depuis que je suis dans cette maison, il m'a été impossible, je vous l'ai dit, d'avoir la moindre communication avec le dehors… On ne m'a laissé ni plume ni papier, il m'est donc impossible d'écrire. Maintenant, écoutez- moi attentivement, et nous pourrons combattre une odieuse persécution.

— Oh! parlez! parlez, mademoiselle!

— Le soldat qui a amené les orphelines en France, le père de
M. Agricol est ici?

— Oui, mademoiselle… Ah! si vous saviez son désespoir, sa fureur, lorsqu'à son retour il n'a pas retrouvé les enfants qu'une mère mourante lui avait confiés!

— Il faut surtout qu'il se garde d'agir avec la moindre violence, tout serait perdu… Prenez cette bague, et Adrienne tira une bague de son doigt, remettez-la-lui… Il ira aussitôt… Mais êtes-vous sûre de vous rappeler un nom et une adresse?

— Oh! oui, mademoiselle… soyez tranquille; Agricol m'a dit votre nom une seule fois… je ne l'ai pas oublié: le coeur a sa mémoire.

— Je le vois, ma chère enfant… Rappelez-vous donc le nom du comte de Montbron…