— Eh bien, reprit Dagobert en regardant son fils avec angoisse, comprends-tu que je veuille avoir mes enfants aujourd'hui même! Comprends-tu, ainsi que me l'a dit leur pauvre mère en mourant, qu'un jour de retard peut tout perdre! Comprends-tu enfin que je ne peux pas me contenter d'un peut-être demain… quand je viens du fond de la Sibérie avec ces enfants… pour les conduire demain rue Saint-François!… Comprends-tu enfin qu'il me les faut aujourd'hui, quand je devrais mettre le feu au couvent!

— Mais, mon père, encore une fois, la violence…

— Mais, mordieu! sais-tu ce que le commissaire de police m'a répondu ce matin, quand j'ai été lui renouveler ma plainte contre le confesseur de ta pauvre mère! «Qu'il n'y a aucune preuve; que l'on ne pouvait rien faire.»

— Mais maintenant il y a des preuves, mon père, ou du moins on sait où sont les jeunes filles… Avec cette certitude on est fort… Sois tranquille. La loi est plus puissante que toutes les supérieures de couvent du monde.

— Et le comte de Montbron, à qui Mlle de Cardoville vous prie de vous adresser, dit la Mayeux, n'est-il pas un homme puissant! Vous lui direz pour quelles raisons il est important que ces demoiselles soient en liberté ce soir, ainsi que Mlle de Cardoville… qui, vous le voyez, a aussi un grand intérêt à être libre demain… Alors, certainement, le comte de Montbron hâtera les démarches de la justice, et ce soir… vos enfants vous seront rendues.

— La Mayeux a raison, mon père… Va chez le comte; moi je cours chez le commissaire lui dire que l'on sait maintenant où sont retenues ces jeunes filles. Toi, ma bonne Mayeux, retourne à la maison nous attendre, n'est-ce pas, mon père?… Donnons-nous rendez-vous chez nous.

Dagobert était resté pensif, tout à coup il dit à Agricol:

— Soit… Je suivrai vos conseils… Mais suppose que le commissaire dise: «On ne peut pas agir avant demain.» Suppose que le comte de Montbron me dise la même chose… Crois-tu que je resterai les bras croisés jusqu'à demain matin?

— Mon père…

— Il suffit, reprit le soldat d'une voix brève, je m'entends…
Toi, mon garçon, cours chez le commissaire… Vous, ma bonne
Mayeux, allez nous attendre; moi, je vais chez le comte… Donnez-
moi la bague. Maintenant l'adresse?