Au bout de quelques minutes de silence seulement interrompu par le bruit du vent, un pas lent et pesant se fit entendre sur le palier.
La porte s'ouvrit. Dagobert entra, suivi de Rabat-Joie.
Réveillée en sursaut, la Mayeux redressa vivement la tête, se leva, alla rapidement vers le père d'Agricol et dit:
— Eh bien, monsieur Dagobert… avez-vous de bonnes nouvelles?… avez-vous?…
La Mayeux ne put continuer, tant elle fut frappée de la sombre expression des traits du soldat; absorbé dans ses réflexions, il ne sembla d'abord pas apercevoir l'ouvrière, se jeta sur une chaise avec accablement, mit ses coudes sur la table et cacha sa figure dans ses mains.
Après une assez longue méditation, il se leva et dit à mi-voix:
— Il le faut!… il le faut!… Faisant alors quelques pas dans la chambre, Dagobert regarda autour de lui comme s'il eût cherché quelque chose; enfin, après une minute d'examen, avisant auprès du poêle une barre de fer de deux pieds environ, servant à enlever le couvercle de fonte de ce calorifère lorsqu'il était trop brûlant, il la prit, la considéra attentivement, la soupesa, puis la posa sur la commode d'un air satisfait.
La Mayeux, surprise du silence prolongé de Dagobert, suivait ses mouvements avec une curiosité timide et inquiète; bientôt sa surprise fit place à l'effroi lorsqu'elle vit le soldat prendre son havresac déposé sur une chaise, l'ouvrir, et en tirer une paire de pistolets de poche dont il fit jouer les batteries avec précaution. Saisie de frayeur, l'ouvrière ne put s'empêcher de s'écrier:
— Mon Dieu!… monsieur Dagobert… que voulez-vous faire?
Le soldat regarda la Mayeux comme s'il l'apercevait seulement pour la première fois et lui dit d'une voix cordiale mais brusque: